Délégation ÎIe-de-France Sud
Centre national de la recherche scientifique

Accueil > Actualités

Histoire du campus de Gif

Histoire du campus de Gif

publié le , mis à jour le

En 1657, Pierre III Merault achète les terres sises à Gif, propriété initiale de la famille Villetain, Seigneurs de Gif depuis trois siècles. Puis de gendre en gendre, celle de Michel Lucas, Seigneur de Saclay qui, endetté, doit vendre le domaine.

Pierre III Merault, anobli par achats de fiefs nobles et de charges de magistrature, est Seigneur de Gif, d’Orgement, de Moulon, de la Folie-Rigault, de la Folie-Jaudoi et autres fiefs partant du plateau de Gometz, coulant vers la vallée, remontant sur Villiers le Bâcle, Saclay, Toussus le Noble, vers Paris jusqu’à Sèvres puisque l’actuelle Manufacture de Sèvres est construite sur une terre des Seigneurs de Gif. Il a le titre de Vicomte de Gif hérédital de Châteaufort.

Le domaine, ceint de murs, aurait couru au sud, au-dessus du bras mort de la Mérantaise et à mi-hauteur, entre les jardins de l’actuelle rue Amodru et l’Yvette ; à l’ouest au niveau de l’actuelle avenue de la Terrasse (qui était le chemin de Button) puis au nord, vers Belle-Image ; vers l’est, il se trouvait augmenté de 10 à 15 hectares. Le domaine et la propriété représentaient environ 100 hectares de vignes, de bois, aulnaies, taillis, prés, champs, un four, un pressoir, un ou deux moulins (tous banaux).

Le chemin de Button était la seule route conduisant vers Saclay, Châteaufort, Versailles. Bien que propriété des différents Seigneurs de Gif, chacun pouvait l’emprunter.

La propriété comprenait : un grand logis ; devant, la "basse-cour" c’est-à-dire une grande cour bordée par des bâtiments nécessaires au service du grand logis et à l’exploitation des terres, du logement du fermier situé près de la porte de la cour et la chapelle. En face, un parterre, puis un potager, un petit jardin derrière l’église du bourg et un autre derrière la chapelle du domaine (le long de l’actuelle rue Neuve) et le parc constitué de vignes, taillis et terres labourables.

À cette époque, Gif comptait environ 900 âmes, artisans, cultivateurs et commerçants, tous redevables en taille, chapons, poules et autres corvées. Quatre chemins conduisaient vers Chevreuse, Palaiseau, Limours et Versailles. Le bourg était clos de murs.

Le petit-fils de Pierre Merault, Claude Merault, hérite du domaine de Gif en 1754. Il décide alors de construire un château digne de sa position et de ses fonctions : Lieutenant du Roy (Louis XV), au gouvernement du comté de Bourgogne, il avait tous les pouvoirs militaires en l’absence du gouverneur dans cette contrée appelée Franche-Comté, conquête majeure de Louis XIV et de ses fameux dragons.

Claude Merault vient d’acquérir la terre de Frileuse la Rouge, opulente, portant un grand logis, des communs, un bel accès magnifiquement ordonnancé, un fruitier traité à la Française, un potager. Cette acquisition lui coûte fort cher mais il estime devoir à son rang et à son agrément de posséder un château. Il confie à Pierre Desmaisons, architecte du roi, d’en dessiner les plans. Pierre Desmaisons, membre de l’Académie, sera anobli en 1769 avec le titre de baron. Il s’honorera de la réfection du Palais de Justice de Paris après son incendie. Il est l’auteur de la superbe grille qui en ferme la cour encore de nos jours. Le portail de l’église des Théatins, 26 rue de Lille à Paris, est également son œuvre.

Le parc est dessiné par Pillet, admirateur de le Nôtre.

Plan terrier de Gif au XVIIIe
Plan terrier de Gif au XVIIIe
Plan terrier de Gif au XVIIIe
Crédits photo : Archives minicipales de Gif-sur-Yvette

De part et d’autre du château de longs parterres adoucis d’arabesques ou "broderies" encadrent une allée centrale interrompue de pelouses ovales. Des cheminements en étoile varient la rigueur du grand axe. Une longue pièce d’eau prend place au niveau du grand parterre de l’ancien logis. Cette imposante perspective descend vers l’actuelle terrasse construite au début du XX siècle. Côté Belle-Image, on aménage une autre perspective plus simple mais raffinée encadrant un imposant rectangle planté d’arbres. Il se situerait maintenant côté église et rue Neuve.

Parc et château attendront 1771 pour être achevés : Claude Merault, endetté, meurt en 1757. Ce sera Charles-Louis Débonnaire, cousin au huitième degré, qui disposera du château et en continuera la construction.

Les Débonnaire de Gif restèrent propriétaires du domaine jusqu’au début du XIXème. Serviteurs de l’Etat, ils traversent les tourmentes de la Révolution en restant au domaine de Gif. Ils donnèrent trois maires à la ville de Gif-sur-Yvette de 1800 à 1834. Louis-Charles Debonnaire de Gif (1785-1855) fut également sous-préfet de Versaille, Tours, Yssingeaux et Brive, et maître des requêtes au Conseil d’État. Il fonda la Société d’horticulture de France et la Société centrale d’agriculture.

En 1946, le CNRS cherche un emplacement pour installer des laboratoires de recherche, au calme, pas trop éloigné de Paris et bénéficiant de moyens de transport pratiques. Gif semblait le lieu idéal. Frédéric Joliot-Curie, alors à la tête du nouveau CNRS, est l’ami de Jacques Noetzlin, propriétaire du château, qui ne désire pas conserver ce domaine. Tous deux suivent les cours de physique de J. Perrin.

Le 3 juin 1946, le CNRS acquiert le château de Gif et son domaine de 64 hectares pour la somme de 12,5 millions de francs de l’époque, plus 1,5 million pour les meubles le garnissant. Il s’engage à conserver le domaine en son état, à garder le personnel travaillant au château jusqu’à l’âge de la retraite.

C’est ainsi que le château de Button devient propriété du CNRS. Un "châtelain" s’en va... les chercheurs arrivent.

Sources Un patrimoine à protéger : le domaine de Gif
réalisé par le club CAES Gif-Nature - CNRS

Membre de

Paris Saclay