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[Interview] Le Prix Bettencourt Coup d'élan pour la recherche française attribué à une équipe de recherche sur le virus de la rage

[Interview] Le Prix Bettencourt Coup d’élan pour la recherche française attribué à une équipe de recherche sur le virus de la rage

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Yves Gaudin est directeur de recherche à l’Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC). Il dirige l’équipe spécialisée dans l’étude des Rhabdovirus. Il a permis à son équipe de recevoir le prix Bettencourt Coup d’élan pour la recherche française, octroyant une aide de 250 000 euros à ces recherches.

  • Vous et votre équipe avez reçu le prix coup d’élan de la fondation Bettencourt Schueller, qu’est-ce que ce prix représente pour vous ?

Nous sommes évidemment contents, c’est une vraie reconnaissance du travail que nous avons accompli. C’est d’autant plus gratifiant que notre travail s’effectue en science fondamentale, ce qui est assez rarement mis en avant. Ce prix sera utilisé pour nous aider à financer un microscope confocal à disque rotatif. C’est vraiment une opportunité intéressante, car il est difficile de trouver des financements pour des appareils dans cette gamme de prix. Ce microscope va être installé à l’I2BC, dans un environnement confiné qui autorise l’étude des pathogènes, ce qui sera utile pour beaucoup d’autres équipes de l’institut qui travaillent sur ces sujets. L’Institut a déjà un tel microscope mais son environnement ne permet pas de travailler sur des virus ou des bactéries pathogènes.

  • Vous travaillez sur le virus de la rage. Ce nouveau matériel ouvre la possibilité d’observer des corps de Negri. Pouvez-vous me dire précisément ce que ce microscope permettra de collecter comme données à leur sujet ?

Les corps de Negri sont des structures que l’on observe essentiellement dans les neurones infectés par le virus de la rage. Ce sont des petites structures sphériques observables en microscopie après coloration. Cela fait très longtemps que ces structures sont connues : leur détection a été la première méthode de diagnostic post-mortem de la maladie. Pourtant, pendant plus de 100 ans personne ne s’y est intéressé. Ce que notre équipe a démontré en 2009, c’est que ces structures sont des usines virales, que le virus va installer dans la cellule pour s’y répliquer. Ce que nous avons ensuite montré en 2017, c’est que ces corps de Negri ont une nature très particulière : ils sont formés par séparation de phase liquide. Comme de l’huile dans de l’eau, les usines virales ne se mélangent pas avec le milieu de la cellule. Cette caractéristique permet au virus de se protéger et de sélectionner ce dont il a besoin dans la cellule. Ces corps de Negri sont très dynamiques durant l’infection, ils évoluent, se déplacent, fusionnent entre eux… Notre équipe cherche donc à les suivre par microscopie optique, ce que nous faisons déjà, mais pas avec un tel matériel. Le microscope confocal à disque rotatif permet d’acquérir des images très rapidement (toutes les 100 millisecondes) et ainsi d’obtenir un film.

  • Quelles applications ces nouvelles connaissances pourraient avoir ?

Il faut rappeler que la rage tue de façon systématique quand elle est déclenchée, et fait encore entre 50 et 60 000 victimes chaque année, essentiellement en Asie et en Afrique. Nous étudions des aspects très fondamentaux qui peuvent avoir des applications sur 5, 10, ou 20 ans. Ces usines virales sont rencontrées dans les cellules infectées par d’autres familles de virus que les rhabdovirus (famille à laquelle appartient le virus de la rage). Sous le nom de corps d’inclusion, on les retrouve chez la rougeole, les oreillons, la grippe, et même Ebola. C’est donc un phénomène très général, et si on découvre comment déstabiliser ces structures, cela pourrait amener au développement de nouvelles stratégies antivirales, mais cette application serait sur le très long terme. Notre travail est avant tout fondamental.

Corps de Negri révélés par coloration à l’éosine d’une coupe de cerveau provenant d’un hôte contaminé. ©Wikimedia

©Photo : Art in Research/A. DARMON pour la Fondation Bettencourt Schueller

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