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Histoire du campus CNRS de Gif

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En juillet 1946, concrétisant la volonté de Frédéric Joliot-Curie, le CNRS achète le domaine de Gif-sur-Yvette à Jacques Noëtzlin, issu d’une famille d’hommes d’affaire suisses. Le campus CNRS de Gif-sur-Yvette s’est converti au fil des ans. De la cité scientifique des années 1950 est née un grand pôle de la science appliquée à la biologie.

Frédéric Joliot-Curie et Jacques Noëtzlin, qui se sont rencontrés sur les bancs de la Sorbonne, partagent une même ambition : développer le potentiel scientifique français endormi pendant la guerre. Les programmes de construction débutent au cours des années 1950, réalisant ainsi le projet forgé depuis mars 1945 d’une « véritable cité scientifique » destinée aux « disciplines récentes ».

Les premiers pas de la recherche à Gif (1946-1956)

Dès la fin des années 1940, l’hydrobiologie a sa place sur le nouveau campus du CNRS à Gif-sur-Yvette, au cœur d’un territoire réputé pour l’abondance de ses eaux, courantes ou stagnantes. On étudie la vie de la faune et de la flore aquatiques, dans toute sa diversité et en interaction avec son milieu.

Sur une proposition du zoologiste Marcel Prenant, un centre dédié à l’hydrobiologie est officiellement créé en avril 1946, et son directeur, André Pacaud, nommé dans la foulée. Le Centre de recherches hydrobiologiques est le premier laboratoire à s’implanter à Gif, en 1948, dans l’ancienne garderie d’enfants. Il y développe un programme ambitieux articulant biologie végétale, physiologie animale et biologie animale. L’algologie est au cœur de leurs préoccupations : leur collection d’algues, « l’algothèque », compte alors plus d’une centaine d’espèces d’eau douce ! Leurs recherches sur les substances actives antibiotiques sécrétées par les algues d’eau douce les amènent à intervenir, au début des années 1960, dans la grotte de Lascaux, afin de combattre l’envahissement de ses parois par des algues. Leurs observations contribueront à la décision, prise par André Malraux en avril 1963, de fermer le site aux visiteurs.

Après une tentative de reconversion vers un laboratoire de microbiologie, le centre ferme ses portes en janvier 1969.

Des gènes aux sciences du végétal (1959-1966)

A la fin des années 1950, le CNRS revendique huit nouveaux laboratoires, en particulier dans les domaines de la génétique et des sciences du végétal.

  • La génétique : Il faut attendre les années 1950 pour que la génétique se développe en France. C’est à Gif que s’ouvrent les premiers laboratoires : la génétique formelle du professeur Philippe L’Héritier, la génétique évolutive de Georges Teissier et la génétique physiologique de Boris Ephrussi. Les deux premières adoptent un modèle commun, la drosophile, petite mouche aux yeux rougeâtres, mise en sécurité aux USA durant la guerre. Elle est une espèce phare pour l’étude de la variabilité des populations naturelles et va aussi être à l’origine de l’identification du virus sigma, petit cousin de la rage. La génétique physiologique enfin, s’intéresse au matériel héréditaire et à ses mécanismes, en s’appuyant sur l’étude de la levure.
  • L’affirmation de la biologie végétale  : Le Laboratoire de photosynthèse, dirigé par Alexis Moyse, et le “grand Phytotron” de Pierre Chouard, professeur au Centre national des arts et métiers (CNAM), sont tous les deux créés en 1953. Sorte de super-serre, le Phytotron permet de simuler tous les climats et d’étudier le comportement des plantes. Réalisation scientifique majeure et véritable prouesse technique, il devient rapidement la vitrine du campus.
  • Autres créations  :
    • 1953 : Le Centre de selection des animaux de laboratoire, sous la direction de Michel Sabourdy, est implanté derrière le château, au fond du parc.
    • 1955 : Le Laboratoire de radiocarbone, dirigé par Jean Coursaget, hébergé par les généticiens. Ce sont les premiers des laboratoires mixtes CNRS-CEA, dont les recherches couvrent la datation du carbone-14
    • 1957 : Le Laboratoire de photobiologie, piloté par Jacques Benoît, est installé près de la ferme de Chamort, et mène des recherches génétiques portant sur le canard, le poulet et la caille.

La chimie au service du vivant (1966-1976)

Le campus accélère son développement. En 1958, il regroupe plus de 900 personnes.

  • Le « magasin du Bon Dieu » : Second grand institut du campus, l’Institut de chimie des substances naturelles (ICSN) ouvre ses portes à l’été 1960. Placé sous la double direction des professeurs Maurice-Marie Janot et Edgar Lederer, il s’organise autour de deux services, l’un consacré à la chimie des alcaloïdes, l’autre à la chimie biologique. Leurs recherches, principalement consacrées à la récolte, l’extraction, la purification et l’identification de substances naturelles, conduiront à la mise au point de deux médicaments anti-cancéreux majeurs, la Navelbine issue de la pervenche de Madagascar et le Taxotère utilisant des feuilles d’if.
  • Les protéines, molécules indispensables du monde vivant : Georges Cohen, l’un des collaborateurs de Jacques Monod à l’Institut Pasteur, s’installe en 1960 pour fonder le Laboratoire d’enzymologie. Deux programmes y sont développés. Le premier porte sur les acides aminés en s’élargissant à l’étude de la levure tandis que le second s’intéresse à l’étude biochimique et génétique des spores bactériennes. Le laboratoire développe rapidement des liens avec l’ICSN et le Laboratoire de génétique physiologique où Vittorio Luzzati réalise la première étude cristallographique d’une protéine en France, la méthionyl-tRNA.
  • Le Centre des faibles radioactivités est créé en 1961, élargissement du Laboratoire de radiocarbone. Installé dans un bâtiment neuf, à proximité des génétiques, le CFR, placé sous la direction de Louis Bugnard, comporte trois sections : datation au carbone-14, radiobiologie cellulaire et surtout le service des faibles radioactivités qui introduit les sciences de la Terre et de l’Univers sur le site.

Cette période est aussi marquée par le Laboratoire de génétique formelle qui devient, en 1961, le laboratoire de génétique des virus suite à la découverte du virus sigma et par le Laboratoire de génétique physiologique qui devient le Centre de génétique moléculaire pour lequel on construit un nouvel édifice, en 1967.

Neurosciences et administration de la recherche (1976-1986)

À l’orée de la décennie 1970, le campus apparaît comme le plus grand centre de recherches biologique en France, bien que d’autres disciplines s’y soient développées avec succès. Gif-sur-Yvette va être le lieu d’expériences pionnières en matière de science et d’administration de la recherche.

  • De l’Institut Marey à la Vallée de Chevreuse : L’Institut Marey qui abritait depuis 1946 le Centre d’étude de physiologie nerveuse et d’électrophysiologie d’Alfred Fessard lance, en mai 1968, une tête de pont à Gif. En 1973, le campus accueille les deux laboratoires de neurosciences constituant le Centre d’étude du système nerveux  : le premier de physiologie nerveuse dit « LPN »,et le second de neurobiologie cellulaire, « NBC » qui développe des travaux sur les phénomènes de plasticité des synapses chez l’aplysie. Le campus devient rapidement l’un des grands pôles internationaux des neurosciences, ce que confirme, dès 1975, l’organisation annuelle des grandes « conférences en neurobiologie de Gif-sur-Yvette ».
  • Aux origines de la délégation régionale du CNRS, les administrateurs délégués Au début des années 1970, le CNRS réfléchit à la désignation de représentants locaux de son administration qui doivent, dans une logique de déconcentration, exercer leurs missions dans plusieurs régions scientifiques. C’est en 1973 que naît la figure de l’administrateur délégué. Gilbert Morvan, administrateur délégué du CNRS à Gif-sur-Yvette, est l’un des premiers à prendre ses fonctions. Sa circonscription compte parmi les mieux dotées de France : elle regroupe, en plus des unités du campus, tous les laboratoires propres ou associés au CNRS autour de Saclay et d’Orsay. Son arrivée à Gif-sur-Yvette, puis l’élargissement de ses missions dès 1976, marquent ainsi les premiers pas vers la création, deux décennies plus tard, de la délégation régionale Île-de-France Sud du CNRS.

Évolutions et révolutions (1986-1996)

Les années 1980, période d’effervescence pour la recherche française, marquent l’affirmation d’une véritable politique régionale à Gif. Le campus multiplie les initiatives collectives avec, par exemple, l’édition de sa Gazette. En 1982, la Direction de la Valorisation et des applications de la Recherche (DVAR) a une antenne à Gif, sous la responsabilité du Chargé de Mission aux relations industrielles.

Du côté de la génétique, une découverte d’importance est à retenir : la mise au point, en 1989, par la génétique des virus, d’un procédé de vaccination orale de la rage. Au cours de leurs travaux sur les fameuses drosophiles, les chercheurs sont parvenus à isoler des mutants non virulents du virus. Le laboratoire engage alors une collaboration avec les laboratoires VIRBAC qui conduit à cette véritable petite révolution : le vaccin, mélangé à de la nourriture répandue par hélicoptère, a éliminé la rage des renards de France et de plusieurs pays européens.

À l’ICSN, sous l’impulsion de Pierre Potier, la période est à l’union entre la recherche académique et l’industrie, avec la mise sur le marché de la Navelbine puis du Taxotère.

Au CFR, on accueille le « tandétron  », cofinancé par le CEA et le CNRS. Un instrument révolutionnaire dans la datation par la méthode du carbone-14 qui profite en particulier à l’étude de l’évolution du climat.

En 1986, le Phytotron ferme ses portes mais l’avancée de la biologie végétale ne s’interrompt pas pour autant et l’année 1989 voit la création de l’Institut des sciences du végétal (ISV).

Nouvelle recherches et nouvelles missions (1996-2006)

La tournant des années 1990-2000 est déterminant pour le campus et le territoire dans lequel il s’inscrit. Les projets collectifs gagnent en ampleur, préfigurant déjà le vaste projet Paris-Saclay.

  • Naissance d’une délégation : En 1989, les délégations régionales sont fondées. Celle de Gif-sur-Yvette couvre tout le périmètre sud-francilien – soit quelque 130 unités de recherche, propres ou associées au CNRS, réparties principalement sur les campus de Gif-sur-Yvette, d’Orsay, de Saclay et de l’École polytechnique à Palaiseau. Dans le même temps, la formation fait son entrée sur le campus et le dépôt des archives, auparavant situé quai Anatole France, s’installe dans un des plus anciens bâtiments du campus.
  • Des initiatives fédératrices : En 1993, la génétique des virus cesse d’étudier sigma pour se consacrer à l’étude d’autres virus : varicelle, hépatite B, pseudo-rage… Dès la fin de la décennie, on discute de la création d’une unité mixte de recherche CNRS-INRA qui aboutit en 2005, avec la fondation du Laboratoire de virologie moléculaire et structurale (VMS), synthèse réussie de la biologie structurale et de la virologie fondamentale.

Le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), né en 1998, de la fusion du CFR et du Laboratoire de modélisation du climat et de l’environnement du CEA, est l’un des tous premiers laboratoires mondiaux consacrés aux géosciences.

En 2000, l’Institut fédératif de neurobiologie Alfred Fessard (INAF) remplace l’Institut Alfred Fessard, fondé en 1992. Il regroupe les équipes de neurosciences. Leurs recherches aboutissent à des applications dans les maladies neuro-dégénératives et psychiatriques, comme la maladie de Parkinson.

« Gif-sur-Yvette au XXIe siècle : un campus de l’Université Paris-Saclay » (2006-2016)

Le grand projet de l’Université Paris-Saclay débute en 2006, à l’heure du « Grand Paris » et de la mobilisation de l’enseignement supérieur et de la recherche pour l’aménagement du territoire. L’année 2010 marque une nouvelle étape dans sa construction avec la promulgation d’un « Établissement public de Paris-Saclay » (« EPPS »). En 2012, le projet de Saclay est lauréat de l’appel aux « Initiatives d’excellence » et l’ « Université Paris-Saclay », est créée en 2015.

  • 2006-2010 : Plateforme et fédération de recherche : En parallèle, le campus inaugure, au milieu des années 2000, Imagif, plateforme d’imagerie commune. Cette création marque un pas important dans la définition d’une politique scientifique et technologique concertée à l’échelle du campus accentuée avec la création du « Centre de recherche de Gif-sur-Yvette », en 2009. Annoncée comme une « partie intégrante du campus Paris-Saclay », elle symbolise surtout la spécificité du site de Gif-sur-Yvette.
  • I2BC : L’entrée du CNRS dans le campus Paris-Saclay : En novembre 2011, les présidents du CNRS et de l’Université Paris-Sud, Alain Fuchs et Guy Couarraze, et le directeur des sciences du vivant du CEA, Gilles Bloch, proposent, pour le secteur de la biologie fondamentale moléculaire et cellulaire, de « regrouper sur le campus de Gif-sur-Yvette l’ensemble des forces de recherche concernées des trois établissements ainsi que les éléments de formation directement adossés à ces recherches ». Cette position annonce la création de l’ « Institut de biologie intégrative de la cellule » (I2BC) qui voit officiellement le jour en janvier 2015.

D’après le travail d’Aurore Buffetault

Membre de

Paris Saclay

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