Délégation ÎIe-de-France Gif-sur-Yvette
Centre national de la recherche scientifique

Accueil > Actualités

[Interview] Wei Qian, jeune chercheuse en mathématiques

[Interview] Wei Qian, jeune chercheuse en mathématiques

publié le

Interview de Wei Qian, recrutée au CNRS en 2019, affectée au laboratoire de mathématiques d’Orsay.

Quel est ton domaine de recherche ?

Ma recherche se situe à l’intersection de la physique mathématique et des probabilités. Mes travaux sont centrés sur la géométrie aléatoire en dimension deux. J’étudie des objets comme la gravité quantique de Liouville, le champ libre gaussien, les soupes de lacets browniens, les évolutions de Schramm-Löwner, les ensembles conformes de boucles, etc. Ces objets constituent un sujet intense de recherche depuis plusieurs décennies. Leur importance provient en particulier de leurs liens étroits avec certains des principaux modèles de physique statistique. En outre, ces objets ont des liens complexes et intimes entre eux, et sont caractérisés par la belle propriété de symétrie connue sous le nom d’invariance conforme.

Qu’as-tu fait avant d’entrer au CNRS ?

J’ai grandi en Chine et je suis arrivée en France à 18 ans par le programme de « 50 lycéens chinois aux classes préparatoires ». J’ai été au Lycée du Parc et j’ai ensuite intégré l’École Polytechnique. Après, j’ai fait un master à Paris 6, et j’ai fait ma thèse avec Wendelin Werner à l’ETH à Zürich. Ensuite j’ai fait un postdoc à l’université de Cambridge.

Qu’est-ce qui t’a amenée à faire des mathématiques ?

J’ai suivi un chemin plein de détours vers les mathématiques. Quand j’étais enfant, j’aimais bien les sciences, mais j’aimais aussi beaucoup la littérature et la poésie. Au lycée, j’ai été dans une classe de compétition de maths. Cette expérience m’a profondément déçue, à cause de son caractère compétitif et intéressé. C’est en classe préparatoire que j’ai recommencé à apprécier les maths, parce que je commençais à en voir la structure et la beauté. Toutefois, j’étais attristée par la vie isolée et monotone de prépa, et voulais avoir plus d’interactions avec le monde plutôt que de faire de la recherche en maths. Ensuite à l’École Polytechnique, j’ai essayé d’aller vers le monde d’entreprise mais cela ne convenait pas à mon goût. À ce moment, j’ai rencontré un doctorant en géométrie différentielle qui me parlait beaucoup de maths et m’a quasiment appris la géométrie différentielle en discutant. J’ai enfin réalisé que j’étais énormément attirée par l’abstraction et j’ai décidé de poursuivre la recherche en maths. C’était un changement de direction brutal pour moi, comme je n’avais pas suivi beaucoup de cours de maths à Polytechnique. J’ai rattrapé le retard en lisant des livres moi-même.

Pourrais-tu nous parler de mathématiciens ou de mathématiciennes qui t’ont marqué, influencé, ou que tu admires tout particulièrement (personnages historiques ou contemporains) ?

Je dois avant tout mentionner mon directeur de thèse Wendelin Werner. J’étais folle de joie quand il m’a acceptée en thèse ! Il m’a montré que les maths ne sont pas froides et difficiles, mais qu’il y a plein d’intuitions et d’imagination. On discutait maths avec des dessins, et tout semblait être un jeu fascinant. Il y a plein d’autres mathématiciens dans mon domaine qui m’ont aidée et inspirée. Je ne peux pas faire une liste complète, donc je vais juste en particulier mentionner Jason Miller et Nathanaël Berestycki qui m’ont accueillie à l’université de Cambridge pendant mon postdoc. J’ai eu la chance de faire des projets passionnants avec eux.

J’aimerais aussi citer quelques grands mathématiciens dans l’histoire qui sont mes modèles spirituels. Avant de faire mes premiers pas dans la recherche, j’avais lu « Récoltes et semailles », et j’ai été fortement touchée par les histoires et pensées de Grothendieck. Un autre mathématicien, Bertrand Russell, m’a aussi inspirée. À ma connaissance, il est le seul mathématicien qui a eu le prix Nobel de littérature ! Il est non seulement un des plus grands logiciens du 20ème siècle, mais aussi un grand écrivain et philosophe. Il a librement poursuivi ses intérêts vers un large éventail de sujets.

Pourquoi le CNRS ?

Le CNRS offre une liberté extraordinaire qui est unique au monde. Cela nous donne la possibilité de réfléchir sur des questions profondes sans la pression d’un rendement immédiat.

Wei Qian est chargée de recherche au CNRS. Elle est affectée au laboratoire de mathématiques d’Orsay (LMO - CNRS & Université Paris-Saclay).

À Xitang. © Wei Qian

Voir l’interview sur le site de l’INSMI